PROSPECTION s. f. Terme de mineur dans les placers. Recherche d'un terrain contenant de l'or, Journ. offic. 21 juin 1874, p. 4226, 2e col.
Cette définition est ma préférée mais je vais plutôt aborder un autre type de prospection beaucoup intéresssant sur le plan pécunier, la prospection agricole archéologique.
Je participe actuellement à la campagne de prospection
ECLIPSE 2 du CNRS. Aux géologues du programme
ECLIPSE 1 se vont vu associer les archéologues du
CITERES de Tours, le but est d'analyser les dépôts sédimentaires de l'Holocène récent de la région.
La surface géographique concerné par la campagne (ici la commune de Chanceaux-sur-Choisille) est divisé en multiples zones selon les modalités suivantes : chaque zone est définie comme un espace cultivé d'un même tenant, il est possible que cet espace corresponde à une parcelle du cadastre comme il est possible qu'elle empiète sur plusieurs bien distinctes. On évite de faire une zone de plus de 5 hectares de manière à affiner les résultats et de ne pas les fausser.

La prospection à vue en milieu labouré diffère totalement des autres techniques habituellement employées, il ne s'agit pas ici de repérer des sites par des indices topographiques ou par des moyens géophysiques. Le travail consiste à prospecter les champs pour ramasser et répertorier tout les éléments anthropiques et exogènes que le labour fait remonter à la surface.
Tout ces matériaux peuvent provenir d'un habitat, d'un atelier de taille, d'une exploitation agricole antérieure, etc ou être du
"bruit de fond". On qualifie ainsi tout ce qui a été apporté de l'extérieur du site comme les déchets déposés avec les fumures ou les fosses de comblement. La difficulté étant alors de faire la part des choses entre le bruit de fond et le reste.
Nous suivons la procédure suivante : les participants sont placés avec un intervalle de 10m perpendiculairement à la direction des sillons, ils effectuent un premier passage où tout les matériaux sont ramassés. Arrivés à l'extrêmité du champ, ils se décalent de 5m tout en conservant le même espace entre eux. Le second passage se focalise sur certains de matériaux plus difficiles à distinguer comme le silex taillé ou de la céramique noire protohistorique.

Tout les matériaux d'une zone sont réunis, triés et décomptés afin de permettre d'observer les différences de densité entre les différentes zones.
Les sites sont considérés comme des concentrations remarquables pouvant être délimités, par exemple une forte concentration de TCA sur une aire patatoïdale de quelques dizaines de mètres.
Le GPS est utilisé pour localiser les limites de zones ainsi que les limites des sites, un gros gain de temps face au double-décamètre mais également de précision avec ici une précision de l'ordre de 20cm. Mais comme tout appareil technologique il va sans dire que ce n'est jamais aussi simple, que ce soit de par un nombre insuffisant de satellites en orbite pour géolocaliser (5 est le minimun) ou que ce soit de par la décision des USA de désactiver pour un moment l'accès. Vivement Galileo !

Dans la théorie, la présence de matériaux tel que de la céramique protohistorique dans un champ permettrait d'indiquer l'occupation de cet espace à une époque donnée. Relever les différents matériaux présents offrirait alors un moyen de dresser une chronologie de l'occupation du sol dans la région. Une zone ne contenant que des objets postérieurs au 18ème entourée de secteurs avec des traces elles plus anciennes pourrait alors être interprétée comme ayantété défriché il y a peu.
Dans la pratique, on se retrouve confronté au problème des "faux sites". Ce site gallo-romain si bien délimité, si homogène, si cohérent et peut-être si trompeur : l'exploitant a pu vouloir combler une dépression dans son champ en important quelques tonnes de terres, apportant dans la zone du matériel. Il est impossible d'avoir la certitude que chaque site décelé correspond bien à une trace d'occupation réelle car faute moyen et de temps, à part dans le contexte des fouilles préventives, on ne procéde jamais à des sondages systèmatiques. Le plus souvent le seul moyen de juger de l'authenticité potentielle du site dépend du flair du responsable de prospection.
Difficile de voir la prospection agricole comme autre chose qu'une technique d'appoint, elle peut conduire à entreprendre un inventaire plus précis avec coupe/sondage. Malgré l'enthousiasme de certains chercheurs et enseignants pour cette méthode, j'avoue un certain sceptiscime quant aux conclusions et à leur fiabilité que l'on pourra tirer de la campagne.
Je rajouterais des illustrations en fin de semaine prochaine pour rendre le tout un peu plus digestif. Le prochain opus sera plus axé sur l'ethnologie avec l'étude des moeurs d'un groupe d'étudiants lâché en pleine campagne.